INTOXICATION AU CO EN PRATIQUE COURANTE

 

Dr Jean-Michel MACHER

Revue du SAMU 68 - 3ème Edition

 

L’intoxication au monoxyde de carbone est une des premières causes d’intoxication en France. Elle a un caractère saisonnier (automne/hiver), et est dans la grande majorité des cas accidentelle et collective.

Généralités

Le monoxyde de carbone (CO) est un gaz incolore, inodore et sans saveur. Il est très diffusible et sa densité est proche de celle de l’air. Il existe en taux faible dans l'air ambiant, mais les effets cliniques visibles de sa toxicité n’apparaissent qu’à partir d’une concentration seuil.

Seuils de CO dans l'air ambiant et correspondance clinique (CO exprimé en partie par million : PPM)

< 100 ppm

céphalées

200 ppm

nausées

500 ppm

vomissements, perte de conscience brève

1 000 ppm

intoxication grave, coma

1 500 ppm

valeur immédiatement dangereuse pour la vie

2 000 ppm

mortel en 4 - 5 heures

5 000 ppm

mortel en 20 minutes

 

Ce gaz est dégagé par toute combustion incomplète de substance carbonée (fuel, gaz, mazout, pétrole, essence, charbon, bois…). Il est donc à l’origine :

1. D'accidents domestiques, collectifs ou individuels
  Chaudières, chauffe-eau, chauffages d’appoint mal réglés, " Brasero " en ambiance confinée, Cheminée, poêle à charbon fissuré ou obstrué…
  Calfeutrage excessif des ouvertures, confinement : EDF® produit maintenant des certificats de conformité après contrôle des aérations
2. De suicides, en utilisant les gaz d'échappement d'un véhicule
3. D'intoxications lors d'incendies, où ses effets sont alors ajoutés à ceux d'autres toxiques tels que les cyanures.

 

Physiopathologie et Clinique

Les effets toxiques du CO sont liés à sa grande affinité avec les hémoprotéines dont il bloque le fonctionnement : il vient occuper les sites de transport d'O2 dans le sang (au niveau de l’hémoglobine), diminuant donc l'oxygénation des tissus.

 

Les principaux signes sont des céphalées, des vertiges, des nausées et vomissements, et des troubles de la conscience pouvant aller de la simple agitation au coma. Ils sont parfois associés à des troubles neuro-sensoriels à type de bourdonnements d’oreille ou de sensation de mouches volantes.

Néanmoins, il faudra toujours évoquer ce type d’intoxication lorsque l’un des troubles suivants apparaît dans un espace clos : perte de connaissance brève, troubles de la vision, difficultés d’idéation, actes inappropriés, manifestations ébrieuses, ou convulsions notamment chez l’enfant. Dans le même contexte, il faut savoir également effectuer ce diagnostic devant la recrudescence d’une angine de poitrine chez un cardiaque connu.

 

Mesures et Détection

On peut effectuer différents types de mesure du CO : des mesures atmosphériques (en ppm), des mesures sanguines, et depuis peu des mesures dans l’air expiré du malade (donnant à l’aide d’abaques le taux sanguin de CO).

Pour améliorer la prise en charge de ce type d’intoxication, le SAMU 68 fut l’un des premiers a investir dans l’acquisition de matériels de détection portatifs Draëger®. Ces appareils ont deux utilités : la mesure du CO dans l'air ambiant sur les lieux de l’intervention, permettant ainsi l'autoprotection des équipes de secours (il existe en effet une alarme sonore qui se déclenche dès que le taux de CO dépasse un certain seuil), et la mesure du taux de CO expiré par le patient, permettant ainsi de faciliter un triage rapide entre les intoxiqués vrais et les autres lors de problèmes collectifs. Ce tri précoce assoupli considérablement la gestion de l’intervention.

 

Conduite à tenir et Traitement

Tout d’abord, évacuer la victime sans s’exposer soi-même (un partenariat avec des pompiers équipés d’Appareils Respiratoires Individuels est ici particulièrement utile).

Le traitement institué ensuite est avant tout une oxygénothérapie, qui dans certains cas peut même se faire à l'aide d'un caisson hyperbare (chez la femme enceinte pour éviter une atteinte du fœtus, chez les jeunes enfants, et chez les victimes présentant des troubles de la conscience). Selon les protocoles actuellement en vigueur, toute personne intoxiquée doit rester au moins 12 heures hospitalisée pour bénéficier d’une oxygénothérapie à 100%.

Ce traitement spécifique doit bien entendu être associé à une réanimation symptomatique classique.

Les complications possibles sont principalement respiratoires précoces, et neuro-psychique après un délai d’une quinzaine de jour (syndrome post intervallaire), mais une prise en charge précoce permet de limiter leur incidence.

 

Conclusion

L’intoxication au monoxyde de carbone est une intoxication potentiellement grave. Elle nécessite une prise en charge rapide et spécifique bien codifiée actuellement.

En ce qui concerne les équipes de secours, la possession de matériel individuel de détection et de mesure paraît indispensable sur le plan de la sécurité, et très pratique pour améliorer la gestion des intoxiqués et des impliqués lors d’intoxications collectives.

Néanmoins, dans de nombreux cas, ces accidents pourraient être évités grâce à une information plus poussée du public quant à la nécessité d’un entretien régulier des matériels de chauffage (entre autres), et quant aux risques encourus.

L’avènement du " tout électrique " n’étant pas encore à l’ordre du jour, il est donc nécessaire de rester vigilant, notamment en régulation médicale. En effet, chaque année le centre 15 reçoit des appels concernant des " intoxications alimentaires collectives ", et il faut toujours garder à l’esprit qu’une " épidémie " de vomissements peut cacher autre chose. Aucun signe clinique n’étant spécifique de l’intoxication oxycarbonée, le diagnostic ne pourra être effectué que si on l’évoque de façon systématique.

 

Bibliographie

  1. Base de Donnée "Paracelse" : http://www-sante.ujf-grenoble.fr/SANTE/paracelse/paracelse.html
  2. La Prise en charge de l'intoxication aiguë oxycarbonée - Lettre de J.L. Ducassé - Réan Urg; 6 (3): 277-283
  3. Intoxications oxycarbonées aiguës. - Jars-Guincestre MC, Gajdos P, Raphaël JC.- Encycl Med Chir, Paris, Anesthésie-Réanimation, 1992, 36986 (A10): 1-5
  4. Comité Européen pour la Médecine Hyperbare. 1ère Conférence Européenne de Consensus sur la Médecine Hyperbare. Rapports et recommandatios. Lille: 19-21 septembre 1994